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mardi 27 mars 2018 à 18h30

Conférence-débat : Les usages politiques du mot populisme

avec Sandra Laugier (philosophe) et Albert Ogien (sociologue)

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Populiste » est une qualification qui appartient exclusivement à la langue des professionnels de la politique (élus, représentants, gouvernants, journalistes, experts et analystes). Elle y sert à dénoncer une manière inacceptable de pratiquer l'activité politique.
Cet « inacceptable » consiste à avancer des arguments délibérément fondés sur le mensonge, le déni de réalité, la discrimination, le dénigrement des élites de pouvoir, l'ignorance des « lois » de l'économie.

Les personnes au nom desquelles des discours dits « populistes » sont tenus ne sont jamais elles-mêmes qualifiées de « populistes ». On peut, tout au plus, dire qu'elles sont irrationnelles, manipulables, racistes, xénophobes, islamophobes, misogynes, homophobes, chauvines, égoïstes, etc. C'est par ces discours, qui les constituent en une communauté en les dotant publiquement d'attributs qu'elles seraient supposées posséder en propre, que ces personnes se retrouvent enrôlées dans un ensemble : un « peuple ». Ces attributs sont couramment le respect de l'ordre, l'amour de la patrie, l'hostilité pour les étrangers, la répugnance pour une minorité désignée, le dégoût pour les gouvernants, la haine des possédants ; rarement ceux de l'accueil des pourchassés, de la solidarité avec les démunis, du
partage avec les affligés, de l'hospitalité pour les nécessiteux, de la compréhension du point de vue d'autrui ou de l'empathie pour les reprouvés. Qu'est-ce qui justifie cette préférence ?

On peut penser que les discours populistes mettent un nom sur un malaise diffus au sein d'une population. Mais il faut constater que ces discours ordonnent les choses à leur manière, en rapportant le trouble et la colère du « peuple » à une série de causes qu'ils définissent eux-mêmes : faillite de la démocratie, détresse et misère de citoyen.ne.s abandonnés, mépris et arrogance des dirigeants, présence effrayante d'étrangers. Une question reste cependant évacuée : est-ce bien là ce que ce « peuple » pense ?

Analyser les usages politiques du terme « populisme » consiste donc à rendre compte du pari que font des prétendants leadeur.e.s sur le fait qu'une partie de l'électorat se reconnaîtra dans un mot d'ordre (anti-élite, autoritaire, xénophobe, homophobe, misogyne, subversif ou séditieux), tout en montrant comment la focalisation sur ces mots d'ordre conduit à passer sous silence la conception ordinaire du politique et de la démocratie qui habite une population ou à la réduire à ce qu'en disent ceux qui parlent en son nom.

Page Facebook de l'événement

Organisé par Université populaire d'Amiens

Source : https://sites.google.com/site/universitepopul…
Source : message reçu le 4 mars 21h

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